Musée de la Libération

Une promenade !

par Hugues Potdevin

Le débarquement sur Utah Beach a été présenté comme une simple promenade alors que …

Sous l’influence du cinéma hollywoodien notamment, le débarquement à Utah Beach semble passer pour une simple promenade.

Il est vrai qu’au niveau topographique, la plage d’Utah Beach, tout comme celle de Gold en secteur britannique, n’est bordée que de dunes peu élevées. Rien de comparable aux escarpements et falaises d’Omaha Beach. Il n’en reste pas moins que le débarquement à Utah Beach était une opération très risquée.

D’un point de vue stratégique, la plage d’Utah était complètement isolée des autres plages et ne pouvait donc espérer aucun appui de la part d’autres unités débarquant à proximité.

Les Allemands quant à eux, disposaient de quelques excellentes unités susceptibles d’épauler la 709th Division du Général Von Schlieben qui occupait les défenses côtières : la 91st Luftlande, commandée par le Major Général Falley, était une division forte de 8.000 hommes et était spécialement entraînée aux opérations anti-débarquement. De même la 6th Fallschirmjäger du Général Von der Heydte était elle aussi une division d’élite (parachutiste) forte de 3.500 hommes. La présence de ces unités allemandes justifia d’ailleurs l’emploi de deux divisions aéroportées US en appui de la 4e Division d’Infanterie, elle-même amplement entraînée, en ce compris aux opérations amphibies.

D’un point de vue tactique, il ne suffisait pas de poser le pied sur la plage mais il fallait franchir la large zone inondée en utilisant les quelques rares chaussées qui la traversaient. Tenir sous le feu ces chaussées suffisait à empêcher les assaillants de sortir de la plage.

Le débarquement sur Utah Beach fut cependant un large succès que l’on peut attribuer aux principaux éléments suivants :

1) la dispersion des parachutistes lors des largages s’avéra finalement salutaire en ce sens qu’elle amena le chaos un peu partout et rendit impossible toute localisation des unités à combattre. Impossible également de cerner précisément le lieu où le débarquement par voie de mer pourrait avoir lieu. 2) des groupes de parachutistes isolés ou en sous-effectifs ont entrepris de brillantes actions, neutralisant de nombreuses défenses allemandes. Peu importe leur unité et les objectifs attribués à leur unité, ils se sont regroupés et se sont chargés des objectifs qu’ils trouvaient sur leur route. 3) lorsque le petit groupe de six paras égarés du 508e Régiment, sous commandement du 1er Lieutenant Malcolm Brannen, ont ouvert le feu sur le véhicule d’état-major allemand qui passait à proximité, dans l’obscurité, ils n’ont certes pas pensé qu’ils allaient tuer le commandant de la 91e Luftlande, le Major Général Falley. Ce faisant, ils ont empêché cette division de disposer de son commandant et donc de réagir rapidement aux premières attaques. 4) les bombardiers et chasseurs-bombardiers de la 9e Air Force ont volé extrêmement bas, sous la couche nuageuse, et ils ont atteint leurs objectifs, les bunkers, sur la ligne côtière. Plusieurs avions se sont même écrasés, victimes indirectes de leurs propres projectiles largués à basse altitude. 5) l’US Navy s’est également rapprochée au plus près des batteries allemandes pour les bombarder, et le destroyer USS Corry en a d’ailleurs payé le prix. 6) la Navy a également décidé de ne mettre à l’eau les chars amphibies qu’à trois miles du rivage au lieu des cinq prévus par les plans, de telle sorte qu’à l’inverse de ce qui s’est passé à Omaha, les chars amphibies ont pu atteindre la plage. Seuls quatre chars n’ont pu l’atteindre, exactement le nombre de chars qui sont parvenus sur la plage d’Omaha. 7) suite à la perte de la majorité des navires de guidage et à la force du courant, la 4e Division n’a pas débarqué à l’endroit prévu. La présence de bancs de sable rendait cette plage impropre aux débarquements et les Allemands le savaient. Il y avait donc un peu moins de gros ouvrages bétonnés pour défendre cette zone. Le mur anti-char, les mines et l’inondation de toute la zone arrière constituaient déjà une défense sérieuse, suffisante et plus économique. 8) la 4e Division d’Infanterie était une des meilleures unités d’infanterie, hautement entraînée dont disposait l’US Army aux Etats-Unis. 9) la présence du Général Roosevelt, commandant en second de la 4e Division, avec la première vague, son dynamisme et la décision qu’il prit rapidement avec les officiers d’infanterie de poursuivre les opérations à partir de cette mauvaise plage furent également déterminants. Très rapidement, sous la houlette de ce combattant expérimenté, tous, qu’ils soient des forces terrestres ou des forces navales, s’adaptèrent à la nouvelle situation. 10) un peu de chance aussi, malgré les nombreux avatars. Et la chance intervient toujours comme facteur dans le déroulement des batailles.

Dans son récent ouvrage « Utah Beach – the amphibious landing and airborne operations on D-Day » (2005 - éditions Stackpoole Books), l’historien Joseph Balkoski conteste le fait que le débarquement sur Utah Beach puisse être considéré comme ayant été facile, notamment sur base du nombre peu élevé de pertes habituellement retenu.

Il fait valoir, de manière pertinente et au terme d’une analyse détaillée de toutes les opérations, que le chiffre de 197 tués ne concerne que le groupe principal de la 4e Division, sans tenir compte des données relatives aux autres unités qui avaient été rattachées à cette Division pour le débarquement, ni des données relatives aux unités dépendant directement du 7e Corps d’Armée. De même les pertes de la Navy (235) et celles de la 9e Air Force (185) n’y figurent pas. En y ajoutant les pertes des deux Divisions Aéroportées et celles des Transports Aériens, Mr Balkoski arrive à un chiffre global de l’ordre de 3.450 hommes qu’il met en rapport avec son estimation de 4.700 hommes perdus sur Omaha.

A consulter en détail dans ce remarquable ouvrage.


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